en espérant tomber sur le bout de ficelle qui permette de remonter la bobine
@madeum ça me fait penser à un exercice que
@Shampoo m'a partagé il y a quelques jours, tiré du livre "
Du rêve éveillé au rêve lucide" de Christian M. Bouchet .
du coup je te mets une bonne partie du chapitre ici (si besoin je peux te filer le chapitre en entier) :
Le premier exercice consiste à remonter le temps vécu en partant du moment présent. S’il n’est pas toujours possible de dérouler ce qui a précédé à l’envers comme on rembobine un film, on peut néanmoins diviser le passé en petites séquences qu’on ordonne selon un temps antichronologique, au besoin en se posant des questions simples : « Qu’ai-je fait juste avant de prendre ce livre en main ? Et juste avant encore ? » Cette façon de dérouler le temps de notre vécu va à l’encontre de nos façons de penser les plus ancrées ; mais elle se révèle efficace aussi bien pour développer la mémoire (on retrouve avec surprise, en faisant cet exercice, des détails de la vie quotidienne qui auraient sombré corps et bien autrement) que pour développer la maîtrise de son univers mental (le temps écoulé ne s’impose plus à nous puisque nous pouvons en modifier le sens).
Le deuxième exercice consiste, lui, non plus à remonter le fil des souvenirs de ce qui a été perçu, mais à remonter le fil des pensées elles-mêmes. C’est là un exercice plus subtil que le premier puisqu’il s’appuie sur la question : « comment en suis-je arrivé à penser cela ? » Il demande de s’interroger à n’importe quel moment pour déterminer ce à quoi l’on pense, puis de rechercher les pensées qui ont mené jusque-là. Avant d’être en mesure de préciser comment l’utiliser il faut faire un inventaire rapide des pensées que nous entretenons communément dans notre vie de veille. Un simple retour sur nous-mêmes nous permet, dans une première approche, de constater que nos pensées sont en gros de trois sortes.
La première, celle à laquelle nous faisons allusion lorsque nous disons que nous pensons, concerne les pensées volontairement concentrées sur un thème.
[...]
Il en va de même pour les pensées décousues qui forment la troisième catégorie des objets mentaux qui animent notre scène intérieure. Ces pensées sont décousues parce qu’on ne voit pas immédiatement ce qui les justifie. Elles ne suivent pas un fil logique, mais se présentent à nous comme des épaves isolées. Ce sont des souvenirs non sollicités, des jugements coupés de leur contexte, des idées aberrantes ou coutumières qui défilent au hasard – du moins en apparence. Car en réalité elles sont au moins reliées par les lois dites d’association des idées (ressemblance, contiguïté ou contraste) de façon presque automatique.
En partant de cette catégorisation approximative des pensées que nous entretenons dans notre état de veille, nous sommes en mesure d’expliquer le fonctionnement du deuxième exercice de « pensée à l’envers » avec plus de précision. Il porte en effet sur la catégorie des pensées en apparence décousues. C’est donc au cours des moments de la journée où l’esprit vagabonde qu’il convient de le pratiquer. Supposons que je me promène en forêt et que ma pensée, en cette occasion, tourne en roue libre. Me demandant soudain à quoi je pense, je me surprends en train d’évoquer l’idée de tétraèdre. Or cette pensée n’a aucun rapport avec mon environnement sylvestre qui ne contient aucune forme de ce genre, et n’a pas non plus de rapport avec les courtes réflexions que je me fais au cours de ma promenade sur les aspects du paysage. En trouvant ainsi dans mon champ de pensée un objet mental dont la présence ne se justifie pas d’elle-même, je sais que j’ai affaire à une pensée décousue.
Le premier pas de cet exercice consiste donc à s’interroger presque par surprise pour constater le contenu de son champ mental. Le deuxième consiste à reconstituer l’enchaînement qui l’a suscité. Quelle association d’idées m’a amené à penser à un tétraèdre ? Remontant le fil de mes pensées, je me rends compte que l’idée de tétraèdre a été précédée par l’idée de pyramide, qui en est une figure géométrique très proche. Les pyramides me sont venues à l’esprit, car je pensais aux sables de l’Égypte; ces sables m’ont été suggérés par la pensée des glaces de l’Alaska ; or je pensais à l’Alaska parce qu’un de mes amis y vit actuellement. Or, pourquoi pensais-je à cet ami ? Parce que je venais de croiser, au cours de ma promenade, quelqu’un qui lui ressemblait. Cette ligne de pensées démarre donc à ce point précis. Son déroulement suggère quelques remarques.
Ces pensées en « roue libre » sont généralement déclenchées par un élément perceptif. On a remonté toute la ligne lorsqu’on a trouvé le point de départ situé dans l’environnement. Dans l’exemple proposé ci-dessus, cette chaîne de pensées est très courte : personne croisée sur le chemin ; pensée de l’ami (ressemblance), de l’Alaska où il habite (contiguïté), des sables égyptiens (contraste), des pyramides (contiguïté), du tétraèdre (ressemblance). Mais ces enchaînements sont de longueurs très variables, et le point de départ est parfois difficile à discerner, d’autant qu’ils se recoupent souvent eux-mêmes, occasionnant une certaine forme de circularité qui peut les faire confondre avec la catégorie des réflexions involontaires (et parfois obsessionnelles). L’exercice est réussi lorsqu’on a trouvé l’élément perceptif qui a déclenché la chaîne (ou parfois la réflexion, volontaire ou non, sur laquelle cette chaîne mentale s’est greffée).
Cet exercice, répété régulièrement, amène au bout de quelque temps à sentir que les pensées ont une sorte de « poids mental » dans notre conscience. Il est facile de le constater si l’on passe régulièrement par les mêmes endroits ou qu’on se retrouve dans les mêmes situations. Ce passage déclenche régulièrement les mêmes chaînes de pensées, et cette situation peut se prolonger des années si on n’y apporte pas des modifications volontaires. Ce phénomène nous montre que les pensées ont une certaine inertie, d’où l’idée métaphorique de poids mental. Or, la remémoration des rêves est directement affectée par cette pesanteur. En tant que pensées, les souvenirs du rêve au réveil sont en quelque sorte plus « légers » que les pensées de veille qui tendent à les occulter quand on les sollicite trop vite – ou qu’on se laisse envahir par elles. Ce dernier point nous amène à la remémoration proprement dite.
L’exercice qui consiste à penser à l’envers peut sembler n’entretenir qu’un rapport secondaire avec le rappel des rêves, mais, comme nous allons le voir, c’est l’inverse qui est vrai : cette pratique est en fait à la base de la remémoration.
[...]
La deuxième étape de l’exercice de la pensée à l’envers joue dans la remémoration des rêves un rôle plus évident. Remonter régulièrement des chaînes de pensées donne à l’esprit une souplesse particulière pour parcourir une succession de souvenirs d’une nature différente de ceux de l’état de veille.