04 Avr

Rêves: quand l’inconscient ne dit pas la vérité

La littérature « onérionautique » regorge d’exemples de rêveurs lucides puisant directement des informations utiles de leurs rêves lucides. Ce sont des informations a priori inconnues de leur conscient, mais auxquelles, d’une façon ou d’une autre, l’inconscient semble avoir accès.

L’inconscient perçoit plus de notre environnement que le conscient, a une meilleure mémoire, une façon de « réfléchir » différente mais parfois plus efficace, ce qui se manifeste par des éclairs d’intuition, de créativité, de soudaines compréhensions…  Puiser directement dans ce trésor de connaissances par le biais du rêve lucide donne accès, en tout cas sur le papier, à un vaste réservoir de sagesse et de vérités.

Entre autres exemples, dans la revue de décembre du lucid dream exchange, Michal Stafa mentionne un rêve lucide qui l’a rassuré sur la santé de son futur bébé à naître.

Robert Waggoner mentionne quelques exemples du même acabit dans son livre lucid dreaming, gateway to the inner self.

Le rêveur lucide Ed Kellogg a même créé une technique simple, the Lucid Dream Information Technique, dans laquelle il utilise le rêve lucide comme un véritable moteur de recherches.

Tous ces exemples favorisent la certitude qu’un rêve, non seulement ne ment jamais, mais fait bien plus, qu’il est capable de dire des vérités a priori pourtant totalement inconnues du rêveur.

Dans ma vie de rêveuse, il m’est arrivé une poignée de fois de découvrir en dormant des informations qui par la suite se sont révélées vraies. Cela ne m’est arrivé qu’un tout petit nombre de fois. Ces informations n’avaient rien de cruciales, mais elles l’étaient à l’époque pour moi. Par exemple, à la veille de mon entrée en 6ème j’étais terrifiée de savoir dans laquelle des sixièmes je serais. Je me suis réveillée certaine d’être en 6ème2 et également certaine qu’il s’agissait d’une bonne chose et que tout se passerait bien. Plus tard dans ma scolarité, je me suis endormie très inquiète à l’idée de la note que j’aurais à un contrôle, que j’avais la sensation d’avoir raté, rendu le lendemain. Je me suis réveillée connaissant la note, qui était belle et bien catastrophique, mais également certaine que ce n’était finalement pas si grave que ça. Ces quelques exemples, éparpillés au cours de ma vie de rêveuse, m’ont donné une certaine confiance dans la capacité qu’avaient les rêves de fournir des informations véridiques.

Il y a quelques mois, à travers un rêve lucide, j’ai cherché à accéder à l’une de ces vérités. Je pensais sincèrement que mon inconscient avait sans doute déjà déduit la réponse, à l’aide d’indices que je n’avais pas encore perçus consciemment, et j’ai plongé dans le rêve décidée à la décrocher. Au pire, je m’attendais à un « ben, non, j’en sais rien. ». Cependant il m’a bel et bien donné une réponse, et une semaine après j’ai pu confirmer que cette réponse était totalement fausse.

Je dois avouer que j’étais consternée, j’avais l’impression d’avoir été trahie par une sorte de meilleure amie qui avait juré de toujours m’aider et me dire la vérité. Il m’a fallu un peu de temps, et de travail sur moi-même, pour dérouler l’écheveau de ce mensonge. En considérant soigneusement ce rêve lucide, je me suis rendue compte que j’avais désespérément eue envie d’entendre la réponse que je désirais, bien plus que la vérité. Or dans un rêve lucide, un désir se concrétise immédiatement.

Le week end dernier, j’ai retenté l’expérience, mais cette fois, à mi-chemin du rêve, j’ai commencé à sentir que j’influençais à nouveau le rêve dans le sens de mes désirs plus que dans celui de la vérité. Cette brusque constatation s’est immédiatement répercutée sur le rêve, au point que le personnage onirique qui était en train de répondre à mes questions s’est brusquement trouvé nettement moins assuré et a fini par me répondre « oui et non ».

Pourquoi l’inconscient ne nous dit il pas toujours la vérité ? A la façon de Morphéus, je dirais qu’il y a une différence entre connaître le chemin et suivre le chemin (et juste après j’irai plier une ou deux petites cuillères). La vérité n’est pas toujours la bonne façon de nous pousser dans la bonne direction. Ainsi il y a une dizaine d’années, à un moment où rien n’allait dans ma vie et j’étais épuisée par mon travail, j’ai fait un rêve assez noir dans lequel on m’annonçait que j’allais mourir dans le mois. L’électrochoc de ce rêve m’a encouragé à reprendre les choses en main, me reposer, me vitaminer et parler avec mes proches. A priori, même si j’étais restée sur la même pente, je n’y serais pas restée dans le mois, au pire, j’aurais fait la marmotte au fond de mon lit, descendu vingt tablettes de chocolat, chopé un rhume, et broyé un peu plus du noir. Ce mensonge assez brutal et cruel m’a donc poussé dans la bonne direction pour remonter la pente.

On oublie parfois, et à tort, que le rôle de l’inconscient et des rêves n’est pas de nous dire la vérité. Parfois il nous dit ce que nous pouvons ou voulons entendre, parfois il nous console par de pieux mensonges, parfois il nous balance des mensonges brutaux tels des électrochocs, et parfois, parfois seulement, il nous dit la vérité.

Le jeu devient difficile lorsque nous utilisons spécifiquement nos rêves lucides pour chercher à débusquer la vérité tout au fond de notre inconscient, une vérité qu’il n’est peut être pas prêt à nous dire, que nous ne sommes peut être pas prêts à entendre, ou tout simplement qu’il ne connait pas. Dans ce cas croire qu’il nous dira un simple « je ne sais pas » est une erreur fondamentale que je ne commettrai plus. L’inconscient est le siège de la créativité, lorsqu’il ne sait pas il invente et brode sur nos désirs. La vérité est un concept de la conscience. La maxime de l’inconscient est certainement plus proche de celle des shadoks (prise à l’auteur Pablo Neruda): la vérité, c’est qu’il n’y a pas de vérité.

Des exemples des onironautes reconnues et de mon expérience, j’en ai tiré ces deux lois qui, pour l’instant, me permettent de faire le tri entre vérité, inventions et désirs durant mes rêves lucides.

La vérité non sollicitée est plus crédible

Si l’information obtenue au cours d’un rêve lucide n’a pas été sollicitée, que le rêveur ne la cherchait pas, et qu’elle s’est présentée naturellement, il y a de bien meilleures chances qu’il s’agisse de la vérité. Les désirs du rêveur n’ayant pas directement interféré avec l’inconscient, cette vérité en est d’autant plus crédible.

Un rêve de vérité a une tonalité particulière

Lorsqu’un rêve transporte une vérité profonde, le rêve a souvent une tonalité particulière. Le rêve semble avoir une clarté inhabituelle et s’accompagne parfois de la certitude du rêveur qu’il s’agit de la vérité. Cette certitude est inexplicable mais ancrée très profondément, et perdure longtemps après le réveil.

Ces petites perles de vérité sont cependant rares dans la vie d’un rêveur lucide. Vous noterez que dans la littérature abondante sur le sujet, chaque rêveur lucide, même expérimenté, n’est en général capable de citer qu’une poignée d’exemples le concernant directement. La pêche à la vérité est donc une activité complexe à pratiquer en rêve lucide, mais qui ne tente rien n’a rien et en acceptant que toutes les réponses de l’inconscient ne sont pas la vérité absolue, on peut arriver à faire le tri.

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10 commentaires sur “Rêves: quand l’inconscient ne dit pas la vérité

  1. En écrivant ce post, je pensais plutôt à la vérité des faits qu’à celle des opinions. C’est bien sur un fait, qui a été prouvé faux une semaine plus tard, que mon inconscient m’a menti.
    Il est vrai que pour la vérité des opinions ou vérité individuelle je pense que l’inconscient dira toujours ce que l’on veut entendre, les croyances étant profondément ancrées en nous, et cela ne fera que renforcer des certitudes qui peuvent éventuellement nous être dommageables.
    Merci d’avoir souligné la différence.

  2. Post très intéressant, oui.

    J’aimerais quand même ajouter qu’il y a la “vérité des faits” (vérifiables) et la beaucoup plus relative “vérité des opinions” (“Cela était-il bien ou mal?”, du point de vue de la morale, ou même d’un point de vue plus général.)

    Sur cette dernière vérité, on ne saurait dire à proprement parler que l’inconscient peut nous mentir/tromper, car en ce domaine il n’existe pas de vérité universelle, et tu l’as bien remarqué.

    Je dirais (pour jouer au contradicteur) que notre inconscient ne peut pas nous mentir, dans le sens où il nous révèle en effet (et tu l’as encore très justement remarqué) ce que nous désirons profondément entendre. Ceci peut aussi/autrement être appelée “vérité individuelle”, pourquoi pas?

    Il arrive même parfois des cas, je pense, où “spontanément” notre inconscient au contraire nous sauve la mise en rêve lucide, (très souvent par l’intermédiaire de personnages de rêve qui surgissent dans le scénario du rêve). Je me rappelle à ce sujet très clairement d’un exemple de rêve lucide qui m’avait beaucoup marqué: alors que j’allais avoir un “comportement inapproprié” (sorte de dépendance/comportement contre-productif dont je voulais me débarrasser IRL), mon père-PR débarque dans mon rêve pour me mettre en garde: “Souviens-toi: est ce que c’est ce que tu veux vraiment?”

    Un inconscient protecteur, c’est une idée qui me plaît 🙂

    Donc tu as encore raison lorsque tu dis que: “La vérité non sollicitée est plus crédible” 🙂
    Elle est alors plus “inconsciente” et donc plus profonde, si l’on peut dire.

  3. Ah, je ne sais pas si le raisonnement est fait par le rêveur, des fois on a vraiment l’impression que le rêve, et peut être l’inconscient, a une forme de réflexion et de raisonnement propre, totalement différente de la façon dont on fonctionne de façon consciente.
    Et d’autres fois, on a l’impression que tout n’est qu’une réaction aux émotions et attentes du rêveur.
    Du coup, c’est difficile de savoir ce qui se cache vraiment dans l’inconscient, derrière le rêve…

  4. Oui d’accord avec tout le monde pour dire que c’est un très bon post !
    Tout à fait d’accord avec ce qui a était dis. Y compris dans les commentaires.

    Le problème avec l’inconscient c’est que même si c’est bien plein plein d’information ça a une réflexion quasiment nulle !
    Dans un rêve j’ai l’impression que le plus gros du raisonnement est fait par le rêveur mais de manière involontaire, la “réponse” étant développait à partir du questionnement comme une photo à partir d’un négatif (avant le numérique biensur !).

  5. Je suis tout à fait d’accord, moins l’affectif est impliqué, plus on a de chances que les informations soient véridiques. Le problème étant sans doute que ce qui nous intéresse le plus, c’est ce dans quoi on est justement très impliqué émotionnellement. En tout cas c’est en effet une bonne loi à ajouter pour faire le tri dans les rêves lucides.

    Le fait que l’inconscient ne dise que la vérité est une fausse croyance, mais comme je suis tombée dans ce piège, je le dénonce sur le blog, pour éviter à d’autres la même erreur, c’est vrai que l’on entend trop souvent les cas où cela a marché, et pas assez ceux où on a cru que cela avait marché pour se rendre contre que l’inconscient n’avait fait que broder sur nos désirs.

    Les deux propositions que j’ai faites sont une éventuelle aide, mais pas non plus 100% fiables, sinon on retombe dans le même piège. Même si lors d’un rêve ces deux lois s’appliquent (certitude + vérité non sollicitée) rien ne garanti que c’est vraiment la vérité. Finalement, peut être que l’inconscient est même capable de nous tromper là-dessus, en jouant sur cette impression de certitude, si il veut vraiment nous faire gober quelque chose.

  6. Je relève d’autres informations intéressantes dans votre post : la première est que, malgré la “certitude qu’un rêve ne ment jamais”, votre rêve contenait un mensonge ; or on aurait pu penser que cette croyance devait tendre à induire des rêves “vrais”, et que les récits rapportés par certains chercheurs sur le rêve trouveraient ainsi leur explication. Apparemment ce n’est pas le cas. A ce propos, j’ai souvent remarqué que lorsqu’un rêveur s’enferme dans une fausse croyance sur le rêve, au bout d’un moment (qui peut être malheureusement long) le rêve lucide se charge de l’en détromper.

    Secondement, comme vous le faites remarquer, avons nous toujours envie d’entendre la vérité ? Les cas sont assez nombreux où l’on voit quelqu’un s’enferrer dans une situation bancale, tout son entourage sait intuitivement qu’il ferait mieux d’en sortir, sauf le principal concerné. Et bien qu’il soit certainement celui qui a le plus d’informations, il s’entête dans sa résolution. Il semble évident qu’il connaisse aussi la vérité intuitivement, mais quelque chose d’autre (qui peut d’ailleurs aussi avoir place dans l’inconscient) la lui cache. Ainsi, on peut imaginer que son inconscient contient, en plus de la synthèse correcte des informations, les reliquats d’une forme d’autopersuasion et d’obstination aveugle, ainsi que ceux liés à une motivation douteuse et souterraine. Tout cela étant susceptible d’interférer sur la réponse, il faudrait dans l’idéal ne pas être trop impliqué affectivement par la question posée (et d’ailleurs, sur un forum, un membre vient juste de signaler qu’il a résolu un problème d’assemblage de pièces mécaniques grâce aux hallucinations hypnagogiques ; dans ce cas, on peut certainement supposer que l’implication affective était nulle).

    Enfin, je suis assez d’accord sur l’impression particulière au réveil, mais le problème est qu’elle est indéfinissable et qu’on peut aisément la confondre avec autre chose (ainsi je me suis plusieurs fois fait bananer par la “certitude” qu’un rêve était prémonitoire, au point que lorsque je me réveille maintenant avec cette impression, je sais qu’il me faut à tout prix interprêter le rêve en question car il y a quelque chose de lourd caché dessous).

  7. Merci de ce très beau post, j’ai appris pas mal d’un coup. 🙂

    J’ai expérimenté récemment un rêve ayant une “tonalité” particulière. Même si je n’ai toujours pas réussi à en comprendre la signification, les personnages du rêve dégageaient une sorte d'”aura” très particulière … Et c’est vrai qu’on le sait tout de suite lorsque l’élément onirique possède une signification forte, c’est inexplicable mais on le sait.

    Eveillé

  8. Totalement d’accord, on entend trop souvent les quelques succès et pas assez les multiples échecs. C’est bien pour ça que je suis tombée dans ce piège et ai gobé le mensonge que m’a dit mon inconscient sans même le mettre en doute. Au moins ça m’a servi de leçon.

  9. Excellent post, qui permet de justement relativiser les affirmations unanimes des membres de l’IASD, affirmations dont on finit par sérieusement s’étonner qu’elles soient tellement fréquentes et systématiques sur leurs publications alors qu’on a tant de mal à les confirmer voire seulement en trouver des exemples sur les forums de rêve lucide. Il semble qu’à force de trier leurs observations pour qu’elles aillent dans le sens du surconscient jungien, ils en oublient les bases même du fonctionnement du rêve décrites non seulement par Freud mais par de nombreux rêveurs avant lui, depuis les philosophes de l’Antiquité, à savoir que le rêve met en images avant tout les désirs du rêveur. Et je crains que dans ce cas, ils ne prennent même leurs désirs pour des réalités.

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