Ce billet est la suite de: Livre: Les Rêves et les moyens de les diriger de Hervey de Saint Denis 2/3.
Ce billet résume les aspects du livre concernant les forces influant sur la trame du rêve et les techniques visant à stabiliser le rêve ou à changer sa trame.
En notant que le sommeil peut être plus ou moins profond et les images de rêves plus ou moins vivaces selon la profondeur du sommeil, fait remarquable, l’auteur donne la première technique connue de stabilisation/prolongation du rêve consistant à se concentrer sur un détail du rêve.
«Vous rêvez, je suppose, que vous êtes dans un jardin; vous avez conscience de votre rêve, et vous admirez avec quelle netteté comme avec quelle vivacité de couleurs le miroir magique de votre mémoire reproduit tous ces arbres, ces fleurs, ces plantes qui semblent vous entourer. Si rien n’altère la pureté de ces illusions, le rêve se poursuit, se modifie au gré de l’association des idées, et le bois disparaît pour faire place à quelque autre tableau non moins net; mais si vous voyez pâlir et s’embrouiller aux yeux de votre esprit les images de ces arbres, de ces plantes, de ces fleurs, tout à l’heure si distinctes, vous pouvez tenir pour certain que votre sommeil se dissipe. Laissez l’effet se produire, et quelques instants plus tard vous serez complètement réveillé. Préférez-vous diriger l’expérience dans la voie opposée? Affectez de garder (en rêve) une immobilité complète, et concentrez fortement votre attention sur l’un des menus objets dont l’image n’a point disparu, une feuille d’arbre par exemple. Cette image retrouvera peu à peu toute la netteté qu’elle avait perdue, vous verrez renaître graduellement la vivacité des contours et de la couleur, comme il en serait d’une image dans la chambre noire, à mesure que vous l’amèneriez au point. Quand vous en serez revenu à distinguer clairement les petits détails, vous pourrez mettre fin à cette contemplation momentanée, et promener de nouveau les yeux de votre esprit sur les illusions qui vous entourent. Le rêve aura repris son cours; le réveil immédiat sera conjuré.»
Après avoir établi qu’il est possible de faire preuve de volonté en faisant acte de choix dans les rêves lucides, il n’en conclut pas moins que c’est loin d’être la seule force qui régit le rêve et parle de ce que les onironautes appelleront un siècle plus tard « l’effet d’attente ».
«De ce que l’exercice de la volonté me paraît évident dans certains rêves, il est bien entendu que je n’entends pas établir qu’il s’y manifestera constamment. Sans parler des rêves si nombreux provoqués par des sensations physiques externes ou internes, et de ceux non moins fréquents où l’esprit laisse pour ainsi dire flotter les rênes, il en est beaucoup d’autres où l’association de certaines idées acquiert une spontanéité si vigoureuse que la volonté même demeurerait impuissante à l’arrêter. C’est ce qui a lieu surtout lorsque les images évoquées sont de nature à exciter des émotions violentes. La crainte de voir apparaître une image suffit généralement pour en provoquer l’apparition immédiate, par cela même que l’esprit s’en préoccupe; c’est un fait que nous avons déjà mentionné; mais n’est-ce point encore, aux images près, ce qui arrive à l’état de veille, quand nous cherchons vainement à écarter quelque préoccupation douloureuse dont nous sommes obsédés?»
Suite à ses expériences nocturnes, il déduit que deux forces permettent d’influer sur le contenu du rêve, la volonté et l’attention. En utilisant sa volonté de voir apparaître un personnage ou un objet, il les voit effectivement apparaître dans le rêve. Pour un changement plus drastique du contenu du rêve, il découvre qu’il est difficile de faire venir des monstres dans une scène pastorale, car l’association des idées-images d’un rêve suit tout de même sa propre logique. Il découvre donc une grande loi du monde onirique pour changer le décor ou la trame du rêve en provoquant une rupture sensorielle.
«L’apposition, dans mon rêve, d’une main sur mes yeux eut, en effet pour premier résultat d’anéantir cette vision d’une campagne au temps de la moisson que j’avais inutilement essayé de changer par la seule force imaginative. Je demeurai sans rien voir pendant un moment, exactement comme cela me fût arrivé dans la vie réelle. Je fis alors un nouvel appel énergique au souvenir de la fameuse irruption des monstres, et, comme par enchantement, ce souvenir nettement placé, cette fois, dans l’objectif de mes pensées se dessina tout à coup clair, brillant, tumultueux, sans même que j’eusse, avant de me réveiller, le sentiment de la façon dont la transition s’était opérée.»
L’attention lui permet d’observer la netteté des détails dans ses rêves. Fixée sur un objet, elle permet de stabiliser le contenu du rêve, mais curieusement lorsqu’elle est fixée sur une personne l’effet inverse se produit, elle finit tôt ou tard par produire des métamorphoses rendant le rêve instable.
«Suivre et maîtriser toutes les phases d’un songe, je n’y suis jamais parvenu, je ne l’ai même jamais tenté. Mais faire usage parfois de son attention et de sa volonté pour analyser quelque phénomène psychologique, pour retenir ou évoquer une image riante, pour stimuler le travail de la mémoire, guider l’essor de l’imagination, changer le cours des idées, ce sont là des actes qui s’accomplissent avec une facilité réelle dès qu’une certaine habitude en a été contractée par l’esprit.»
Enfin, pour se réveiller d’un rêve, lorsque c’est nécessaire afin de ne pas en oublier certains détails, il évoque un acte de volonté consistant à «secouer le sommeil».
Il remarque également le phénomène des fausses croyances, qui pousse souvent le rêveur à croire que les personnages des rêves, qu’il connait dans la vie éveillée, sont vraiment présents dans le rêve.
«C’est une extrême difficulté à reconnaître, même dans les rêves où j’ai parfaitement la conscience de mon sommeil, que quelque compagnon imaginaire n’en partage pas les illusions avec moi, qu’il n’est, lui aussi, qu’une ombre faisant partie de la vision. Je songe, par exemple, que je visite la tour d’une église avec un de mes amis, et qu’un panorama splendide se déroule à nos regards émerveillés. Je sais très bien que ce n’est qu’un rêve, et cependant je dis à l’ami qui m’accompagne: «Souviens-toi bien de ce rêve, je t’en prie, afin que nous en causions demain quand nous serons réveillés.»»
Voilà donc, selon l’auteur, la troisième condition essentielle pour arriver à se rendre maître des illusions du sommeil: «Ces idées-images contribuant dès lors à former les tableaux de nos rêves, employer la volonté (qui ne fera jamais défaut quand on saura bien que l’on rêve), pour en guider le développement selon l’application du principe que penser à une chose, c’est y rêver.»



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