15 Oct

Cartographie onirique

A la conférence IASD un article m’a tout particulièrement intéressée, celui de Sasha Savsunenko présentant la cartographie onirique. J’ai trouvé son idée brillante.

Parfois lorsque nous rêvons, nous avons l’impression de nous retrouver dans un lieu dont nous avons déjà rêvé. Il nous arrive même de faire un petit plan rapide dans notre journal des rêves pour mieux nous souvenir de la configuration du lieu. L’excellente idée de la cartographie onirique est de proposer un rassemblement de tous ces plans en une seule carte représentant la totalité du territoire onirique.

Cartographier, c’est donc réaliser des cartes représentant un territoire. Ici il s’agit d’un territoire encore inconnu, celui de l’inconscient. Et si l’on considère l’aventure onirique comme un voyage, l’onironaute comme un explorateur, quel explorateur partirait sans un papier et un crayon pour tracer la carte de ces nouveaux territoires ?

Deux principes sont essentiels pour comprendre la cartographie onirique : les bulles de perception et les points de transit.

La bulle de perception est un fragment du territoire onirique. Par exemple, vous rêvez que vous êtes chez vous, dans votre appartement ou votre maison, l’action du rêve se déroule, puis vous franchissez une porte et brusquement vous vous retrouvez au bord d’un lac. Il y a une rupture dans le contenu du rêve avec un changement drastique de lieu. Ce rêve comporte donc deux bulles de perception, votre appartement et le bord d’un lac, avec un point de transit, la porte. Le point de transit est l’objet permettant de passer d’une bulle de perception à une autre. Il ne s’agit pas toujours d’une porte, il peut s’agit d’un simple fauteuil. Vous vous asseyez dans un fauteuil et lorsque vous vous relevez vous êtes ailleurs.

Pendant le rêve, le passage d’une bulle de perception à une autre n’est pas remarqué. Il vous semble normal de passer en une fraction de seconde de votre appartement au centre d’une forêt. Cela semble normal en rêve, c’est car c’est le mode de fonctionnement du territoire onirique. Il est composé de ces bulles de perception, juxtaposées les unes à côté des autres, avec des points de transit, le plus souvent unidirectionnels, d’une bulle à l’autre.

Plan des bulles de perception

La première étape de la cartographie onirique est de dessiner un plan pour chacune des bulles de perception de votre rêve en mettant en évidence les points de transit.

Dessin1

Pour chacun de vos rêves vous vous retrouvez donc avec un ou plusieurs plans.

Graphique des points de transit

L’étape suivante est de relier les plans de différents rêves entre eux en utilisant un graphique de type carte heuristique (mind map en anglais). De nombreux logiciels gratuits permettent de créer rapidement ces schémas. Un très bon logiciel est XMind, gratuit (et en plus dans la même technologie que l’Attrape-songes, Eclipse RCP ;-)). Le but de ce graphique est de mettre l’accent sur les points de transit.

Appartement

Dans cet exemple, mon lieu central est l’appartement. Lors d’un rêve, en volant par la fenêtre de ma chambre je me suis retrouvée dans un parc. Dans un autre rêve, en sortant d’une boulangerie, j’ai retrouvé le même parc, et en poussant une porte grillagée, je suis rentrée chez moi. Dans un troisième rêve, en passant par une porte (qui n’existe pas dans la réalité) dans mon salon, je me suis retrouvée dans un immeuble inconnu.

Cartographie onirique

Et enfin, la dernière étape est de positionner tout cela sur une carte globale. Vous pouvez utiliser un stylo et un papier ou utilisez le magnifique logiciel de Sasha Firstgate, mais il ne semble plus à disposition actuellement.

Commencez par placer le lieu central de votre carte, c’est votre boussole. Il s’agit du lieu où se déroule la majorité de vos rêves, le plus souvent c’est votre appartement ou votre maison. Puis positionnez les bulles de perception en fonction de ce lieu.

Si vous ignorez la position d’une bulle de perception par rapport à votre lieu central, fermez les yeux et concentrez-vous en vous remémorant le rêve. Visualisez-vous dans le rêve et demandez-vous dans quelle direction vous vous dirigeriez si vous vouliez rentrer chez vous. Ecoutez votre intuition, outil de votre inconscient, pour connaître la réponse.

Carte Firstgate
Carte d’un territoire onirique réalisé avec le logiciel FirstGate

Quelques points supplémentaires :

  • Prenez avantage des rêves où vous voyagez en train ou en avion par exemple, ou des rêves ou vous volez, ce qui vous donne un point de vue plus large de votre territoire onirique.
  • Certains territoires sont plus stables que d’autres. Ainsi il n’existe souvent qu’une grande ville sur une carte du rêve (où se trouve votre appartement), regroupant toutes les villes connues et visitées, et elle est souvent en constante mutation. Il est donc impossible de la cartographier complètement.
  • Il peut être nécessaire de tracer une carte pour le monde d’en haut (si vous visitez des bâtiments ou des lieux dans votre ciel onirique), le monde terrestre et le monde sous la terre (grottes, caves …voyage au centre de la terre).
  • Ne croyez pas votre inconscient lorsqu’il vous dit que la localisation d’un lieu est par exemple le Japon. Il se peut que dans un autre rêve vous ayez rêvé de la même ville mais sous un nom différent. Tel des films qui sont tournés dans le même décor, mais selon le film il s’agira de Rome ou de Paris.
  • Essayez de vous rappeler en rêve si vous veniez de quelque part, et si vous vous rendiez quelque part, cela vous donnera deux localisations supplémentaires et vous permettra de mieux situer le lieu de votre rêve.

La cartographie onirique apporte de nombreux avantages, en apprenant à faire plus attention aux détails souvent ignorés du rêve elle favorise la lucidité et même la super-lucidité. Elle permet une meilleure compréhension de son monde onirique, une plus grande facilité à se déplacer d’un endroit à un autre dans un rêve lucide ou de retourner à un endroit qui nous intéresse. Elle favorise la remémoration onirique alors qu’il devient plus facile de se souvenir si un rêve se déroule dans un territoire nouveau ou connu. Également d’anciens rêves situés dans la même bulle de perception reviennent à la mémoire (ce qui sous-entendrait que la mémoire des rêves ne s’efface pas au réveil, elle est juste stockée, mais selon un processus de mémorisation utilisant des schémas connus uniquement en état de rêve, par exemple tous les rêves se déroulant dans un même lieu ensemble …).  Et enfin elle permet de découvrir des endroits « spéciaux », endroits où se trouvent des émotions refoulées, des énergies nouvelles, des aspirations spirituelles…

La cartographie onirique permet de se poser plusieurs questions intéressantes, et noter quelques points curieux :

  • Trouvez les limites de votre territoire onirique, montagnes, rivières, mer… Réussir à passer ces frontières difficilement franchissables représente peut être le point de passage de l’inconscient personnel à l’inconscient collectif.
  • Les lieux des rêves d’enfant semblent toujours être localisés au même endroit sur les cartes.
  • Apparemment, les positions principales semblent se retrouver à l’identique sur les cartes des différents rêveurs : hôpitaux, prisons, immeubles … Il s’agirait donc de positions « archétypales ».
  • Les lieux effrayants sont les emplacements des peurs inconscientes ou des énergies perdues, trouver des points de transit pour s’y rendre permettra d’y faire un travail de développement personnel dans des rêves ultérieurs.
  • De même localiser les points de transit vers les lieux spirituels ou positifs permettra de s’y rendre plus facilement.

Finalement que représente une carte onirique ? Et si dans nos rêves les différents lieux oniriques correspondaient à différents espaces de notre inconscient, celui où il stocke nos peurs, nos aspirations spirituelles, nos désirs… le paysage de l’inconscient. Bien sûr cela évolue au fil du temps, mais tout comme les traits de caractère d’une personne, sa personnalité, restent relativement stables au cours de sa vie, on peut supposer que la carte d’un territoire onirique évolue modérément, certaines zones étant plus stables que d’autres.

Sources:

  • Sasha Savsunenko: Dream Mapping (IASD PsiberDreaming Conference 2009)

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14 commentaires sur “Cartographie onirique

  1. L’idée d’organiser la disposition des lieux dans le rêve est intéressante, à partir de ces deux notions qui remplacent celles, habituelles, des points cardinaux ou des degrés de position :D. Encore s’agit-il d’une théorie qui n’a pas été vérifié. En outre, les rêves dont je me souviens ne se sont jamais réalisés dans le même espace – à quelques exceptions près. Ces exceptions représentent sûrement des « points de conscience », à mon égard, restant stable et dont la position spatiotemporelle n’évolue pas contrairement aux autres lieux. Quant aux transits, ils sont très différents : le plus souvent, c’est une porte ou le passage dans un miroir qui sont des transits sûrs, bouleversant à chaque fois nos repères, et souvent de manière imprévisible. Mais avec un peu de volonté on peut détruire un transit, en faire apparaître plusieurs voire en créer un qui mène spécifiquement à un endroit même si cela demande de l’effort et de la volonté. Et ça marche rarement… Bref, si l’idée d’une cartographie onirique propre à soi et qui montre quels sont nos points de consciences symbolisant nos différentes émotions, il faudrait affiner le concept et prendre en compte le fait que le rêve n’est pas stable, il n’est qu’un stimuli lié à notre perception, mais que ce stimuli est influencé par le monde IRL dans lequel nous évoluons le plus souvent sans se demander de questions. A force d’aller dans une rue on finit effectivement par rêver de cette rue.

  2. Absolument ! Mais est-ce que chacun obtiendrait une carte différente ou est-ce qu’au final les cartes de chacun se ressembleraient plus ou moins ?

  3. Cet article me parait véritablement intéressant.
    Une carte pourrait être trés utile dans les rêves lucides.

  4. Oui, c’est vrai, mais je ne voulais pas plagier l’idée du concepteur de la cartographie qui a développé son propre logiciel. A la place j’ai fait en sorte que l’on puisse attacher des images aux rêves, et les étiqueter pour retrouver facilement les rêves correspondant aux lieux que l’on cartographie.

  5. Article très intéressant.

    Je m’étais déjà poser des questions sur ce sujet au paravant, par exemple, dans quelle direction s’enchaînent les lieux dans mes rêves. J’ai remarqué que certains étaient en ligne droite, d’autre tournais dans le sens anti-horaire.

    Il serait fort intéressant d’ajouter un section dessin (cartographie) au logiciel Attrape-Songe pour justement pouvoir tester cette théorie.

  6. L’auteur de l’article est russe et il y avait pas mal de choses en russe à une époque, mais j’ai l’impression que leur site à un problème alors je viens d’enlever le lien. Je n’ai jamais testé sa théorie jusqu’au bout, mais je pense qu’il y a une bonne idée, celle de cataloguer les lieux oniriques que l’on visite et voir si il y a une connexion entre eux.

  7. Ca me fait penser aux Thanatonautes, de Bernard Werber, où ils arrivent à se mettre en état de mort de clinique et à en revenir, après quoi ils cartographient ce territoire encore vierge. Le bouquin est passionnant.

  8. La théorie c’est que les points de transit d’un point à un autre sont constants, ce qui permet de placer approximativement les bulles de perception les unes à côté des autres. Je ne sais pas encore si la théorie est exacte, je n’ai pas pu vraiment la tester. Ou si à l’inverse l’effet d’attente du rêveur pratiquant la cartographie onirique n’influence pas le résultat. Mais si on va voir sur les forums russes, ils s’en sortent apparemment assez bien pour faire une seule carte de leur monde onirique.
    Je pense que le mieux c’est de commencer par cartographier l’endroit dont on rêve le plus souvent, en général son domicile, et les alentours qui sont relativement stables.

  9. c’est très intéressant , effectivement je n’avais pas idée de cartographier mes rêves , ceci dit ça me semble inutile puisque qu’un lien entre deux endroit peux être complètement différent d’un rêve à l’autre du coup je me retrouverais avec une quantité astronomique de carte …

  10. En cherchant, on trouve quelques uns de ces textes. Ils ne sont pas simples à comprendre mais c’est effectivement très intéressant sur la façon dont se structure la pensée et la mémoire.

  11. Merci pour ce résumé. L’idée des « bulles de perception » et des « points de transit » est à rapprocher des contextes mémoriels de Claude Rifat, dans lesquels des « boîtes MCV » (à Motifs Continûment Variants) sont reliées entre elles par des « sauts MHV » (à Motif Homologiquement Variant). Si on est intéressé par ce sujet, on peut encore trouver quelques uns des textes embrouillés de Claude Rifat assez facilement sur le net.

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